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   La progression molaire : physiologie de l’odontogénèse chez les éléphants, macropodes et lamantins, et conséquences cliniques

par Antoine Leclerc

samedi 23 mars 2019, par Alex

Antoine Leclerc, DVM, Dipl ECZM (ZHM)

Probablement connue de la plupart des vétérinaires de zoo, la progression molaire est un phénomène physiologique qui n’est que très brièvement décrit dans les ouvrages de médecine zoologique. Si plusieurs anciennes publications s’y sont intéressées, principalement dans le but de déterminer l’âge des éléphants, le mécanisme précis à l’origine de ce phénomène, ainsi que ses conséquences sur la surface de mastication disponible y sont peu souvent évoqués. Chez la très grande majorité des mammifères, l’odontogénèse se fait selon le modèle décidual : les bourgeons dentaires donnent les dents déciduales (« de lait ») qui sont remplacées peu avant l’âge adulte par les dents définitives. Chez les Proboscidiens, certains macropodes et les lamantins, l’odontogénèse se fait par progression molaire : les dents qui tombent sont remplacées de façon progressive par des dents qui ne sont pas permanentes, l’éruption se faisant toujours caudalement, et les molaires progressant rostralement le long de la mâchoire. Ce phénomène continu se fait tout au long de la vie de l’animal. Comme son nom l’indique, il ne concerne pas les incisives, qui se développent selon le modèle décidual. Le phénomène de progression molaire soulève de nombreuses questions quant aux modalités et aux conséquences de cette physiologie particulière : combien de molaires y a-t- il exactement dans la cavité buccale des espèces concernées ? Que deviennent les dents qui sont remplacées (une molaire d’éléphant adulte pouvant peser plus de 5kg) ? Où se trouvent les prémolaires et sont-elles concernées par ce phénomène ? Comment se forment les molaires et sont-elles complètement formées au moment de l’éruption ? Ces dents sont- elles plus fragiles ? Cette présentation propose une revue des données bibliographiques sur le phénomène de progression molaire, en présentant ses particularités dans chacun des taxons concernés, dans le but de répondre à ces questions. Selon une étude très récente chez les éléphants, la variation de surface de mastication au cours de la vie, due à la progression molaire, pourrait expliquer les fluctuations cycliques de poids chez ces animaux. Par ailleurs, des anomalies au cours de la progression molaire, particulièrement en ce qui concerne les dents les plus rostrales (en cours de remplacement) sont à l’origine de problèmes médicaux tels que difficultés de mastication, perte de poids, coliques, interruption de la progression. Une bonne connaissance du phénomène et de ladentition normale sont donc primordiales au moment de l’examen de la cavité buccale, et l’extraction de molaires problématiques peut être recommandée. Peu de travaux restent à ce jour disponibles sur les conséquences physiologiques ou médicales du phénomène, ce qui souligne les potentiels débouchés en matière de recherche, et la nécessité de communiquer autant que possible autour des cas cliniques en lien avec la progression molaire.

La présentation molaire est ici

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